Droits de l’homme

Cameroun : “La remise en liberté provisoire d’Amadou Vamoulké est une obligation morale et juridique” (RSF)

Publié le mercredi 27 novembre 2019, par Leader

Les magistrats doivent se prononcer sur une demande de remise en liberté provisoire de l’ancien directeur général de la CRTV qui comparaîtra pour la 25e fois devant le Tribunal criminel spécial de Yaoundé ce jeudi 28 novembre. Pour Reporters sans frontières (RSF), plus rien ne peut désormais justifier l’incarcération prolongée du journaliste, privé de soins appropriés depuis plusieurs mois.

Amadou Vamoulké va-t-il pouvoir se soigner et comparaître en “inculpé libre” comme il en a le droit ? Les trois magistrats du Tribunal criminel spécial (TCS) se prononceront ce jeudi 28 novembre sur la demande de remise en liberté déposée par les avocats du journaliste camerounais en octobre et motivée par des raisons médicales et juridiques.

Les juges disposent désormais de deux rapports médicaux qui établissent que le journaliste souffre depuis plusieurs mois d’une neuropathie qualifiée de “sévère” par l’un des deux neurologues et qui nécessite des soins et examens complémentaires devant être effectués à l’étranger. Ces deux pièces n’ont pas été rejetées par le ministère public qui accuse l’ancien directeur général de la CRTV de détournements de fonds au seul profit de la radiotélévision publique camerounaise sans avoir apporté la moindre preuve pour étayer ces charges, malgré 24 audiences et plus de trois ans de procédure.

Le titre foncier fourni aux magistrats n’a pas été contesté non plus par l’accusation alors que le maintien en détention provisoire du journaliste est justifié par “l’absence de résidence connue”. RSF, qui en possède également une copie, a eu l’occasion de rendre visite à la famille d’Amadou Vamoulké dans cette maison qu’elle occupe depuis plusieurs années.

Lors de la dernière audience, l’avocat général, avait requis le rejet de la demande de remise en liberté provisoire, arguant que les charges et les peines encourues par le journaliste n’offrent pas la possibilité de bénéficier de ce type de “dispositions bienveillantes” du Code pénal. L’une des co-accusées d’Amadou Vamoulké dans cette affaire se rend pourtant aux audiences en comparution libre. L’article 221 du Code pénal précise par ailleurs que la durée de la détention provisoire ne peut excéder 18 mois pour un crime. La loi portant création du Tribunal criminel spécial indique également que le TCS dispose de neuf mois maximum pour juger les prévenus. Enfin, l’urgence sanitaire dans laquelle se trouve Amadou Vamoulké ne peut plus justifier un maintien en détention provisoire qui risque d’avoir des conséquences irrémédiables sur la santé du journaliste.

“La remise en liberté provisoire d’Amadou Vamoulké est une obligation morale et juridique, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Il est incontestable que ce journaliste souffre d’une pathologie qui nécessite un suivi médical incompatible avec son maintien en détention. Il n’a par ailleurs jamais manifesté de volonté de se soustraire à la justice, possède une résidence dont les preuves ont été fournies au tribunal et a déjà passé plus de trois ans en détention provisoire, soit une durée excédant largement ce qui est prévu par les textes”.

Le 19 novembre dernier, RSF a rendu visite au journaliste en prison et pu constater qu’il devait se contenter de vitamines qu’il a achetées lui-même pour soulager ses douleurs faute d’avoir reçu le moindre traitement ou effectué des examens complémentaires en lien avec la pathologie diagnostiquée deux mois plus tôt. Face à cette situation, RSF a récemment saisi en procédure d’urgence le groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU et le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Plusieurs membres de RSF, des représentants des ambassades de Grande-Bretagne et du Canada ainsi que des journalistes camerounais et étrangers ont assisté à la dernière audience jeudi 21 novembre.

Le Cameroun occupe la 131e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.