Culture

Clay Apenouvon et Zora Snake dans le projet « Les masques tombent »

Publié le mardi 19 janvier 2021, par Leader

L’un des rôles d’un artiste est de proposer au spectateur un portrait de sa société, de sa réalité, afin que celui-ci puisse développer une conscience de sa propre condition et des multiples réalités de son environnement. ... Chaque artiste est une éponge qui s’imbibe de son environnement.
Il est temps pour la civilisation noire, peuple dominé, voire opprimé, de prendre conscience et œuvrer pour lever le voile ou faire tomber les masques qui couvrent l’homme noir. Pour cela, le duo Clay Apenouvon, artiste plasticien du Togo, et Zora Snake, artiste danseur-chorégraphe-performeur, camerounais, veulent contribuer par leurs œuvres d’art et de l’esprit à l’éveil de la conscience à travers le projet « Les masques tombent ».

L’œuvre plastique et la danse seront comme deux corps qui jouent ensemble, s’interpellent, s’entremêlent, se répandent pour ouvrir un autre regard sur « Les masques ».

La présentation de cette performance va se dérouler devant un public entourant l’espace scénique qui sera partie prenante du déroulement des Masques tombent.

On verra un être qui bouge et essaie d’entrer en contact avec trois sculptures, effigies représentant symboliquement les êtres qui habitent ces dites œuvres d’art africaines qui peuplent les musées du monde entier. Mais en réalité, ce ne sont pas des œuvres d’art mais des êtres sujets déplacés de leur espace essentiel.

Dans un entretien, Clay Apenouvon et Zora Snake donnent plus d’éclaircissement sur leur projet :

Pourquoi les masques ?

Au prime abord, ce que nous appelons les sujets présents dans ces musées sont pour une bonne part constitués de masques. Ce titre est sans doute une injonction. Que ces masques quittent le statut qu’on leur a affublé d’œuvres d’art africaines. Les masques tombent car par notre travail, doit apparaître, se révéler leur véritable statut. Un dévoilement à la fois aux yeux de ceux qui les ont pillés sur notre continent comme des "valeurs" à conserver comme aux yeux de nos frères qui ont oublié la puissance de ces objets-sujets qui sont en réalité des ancêtres qui doivent revenir sur leur terre originelle.

Dès lors, il ne s’agit plus des « masques » contemplés dans les musées au sens premier du terme, mais des non-dits de notre histoire commune donc nous partageons les mêmes valeurs.

Le passé joue-t-il un rôle dans la vie d’un être humain ?

Du fait de l’omnipotence des pays du Nord que nous subissons en toutes choses et chez nous de l’oubli coupable de nos glorieuses heures passées, il est nécessaire de proposer une interrogation sur ce qui a constitué l’histoire et la culture de nos peuples. Le passé est le socle de notre avenir.
Un avenir unique, propre, singulier qui ne ressemblera qu’à nous-mêmes, hors de toute imitation.

Si tant est que le passé pèse dans la vie, en quoi l’art peut contribuer à "soulever" ce poids ?

Les passés de tous les peuples pèsent pour quelque chose. Les Occidentaux n’oublient jamais ce qu’ils doivent aux Grecs et aux Romains. Nous devons donc reconsidérer la puissance de notre passé avant que les peuples du Nord ne viennent nous coloniser, et se chargent de nous écarter de tout ce qui constitue notre passé.

Contenu du Mémoire "Les séquelles de la colonisation"

4 chapitres vont constituer ce mémoire. On peut dire que le 4e est la synthèse. Le chapitre 1 traite du rapport des religions venues du Nord confrontées aux pratiques traditionnelles qui représentent notre socle culturel. Le 2e pose la question du patrimoine africain qui séjourne dans les musées du Nord. Le 3e interroge le rapport entre le monde virtuel "orchestré" par le Nord qui sert d’espace de vie à la plupart des jeunes générations et le monde réel, organique qui révèle notre différence, nous Africains.

Où et comment va se dérouler le projet ?

Après une période de réflexion entre les deux artistes, un premier temps de construction se déroule actuellement à Lomé qui sera suivi d’une 2e étape, toujours à Lomé. Puis les deux protagonistes se retrouveront en Europe, à Paris et Bruxelles pour finaliser cette œuvre hybride.
La 4e étape se fera en Allemagne, en novembre 2021, à Berlin avant de revenir sur le continent juste après pour la 5e édition du Festival Modaperf.

Quel est le public cible ?

Entre performance et exposition, ce double dispositif s’adresse à toutes sortes de publics. La présence puissante du corps du danseur dans un rapport très direct avec le public s’adresse à tous ceux qui restent sensibles au rituel.
Ici, la confrontation, la cohabitation entre des êtres symbolisés et un corps vivant.
Aux publics qui pourront se confronter directement à l’œuvre plastique du sculpteur.

Clay Apenouvon et Zora Snake dans le projet ‹‹Les masques tombent››, sous le regard de Patrick Gufflet, Promoteur et Chargé de diffusion du projet.
Pour Patrick Gufflet, « En faisant la promotion des artistes, il s’agit d’une certaine manière de prendre les artistes pour se représenter sois même, Le choix de la promotion de ces artistes vient du fait que ces artistes représentent quelque chose qui veut dire quelque chose de moi car on fait toujours les choses par rapport à soi. Narcissiquement quelque chose nous revient ».