Justice Fin de l’épisode Hissène Habré

La prison à vie requise

Publié le mardi 31 mai 2016, par Leader

Historique. L’adjectif est souvent revenu pour caractériser le procès de l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, condamné, lundi 30 mai, à Dakar, à la prison à vie pour des crimes contre l’humanité commis durant sa présidence de 1982 à 1990. Ce fut un procès « historique pour l’Afrique » qui, pour la première fois, au nom de la compétence universelle, a jugé un ancien dirigeant africain pour des crimes de droit international commis dans un autre Etat que celui où il a été jugé. Historique, donc, mais ce procès marque-t-il la fin de l’impunité des dirigeants africains pour les crimes les plus graves ?
Dans la salle du tribunal, tout au long de ces audiences tenues de septembre 2015 à février 2016, on ne vit guère que l’ambassadrice du Zimbabwe faire preuve d’assiduité parmi une communauté diplomatique africaine brillant par son absence. Comme s’il ne fallait pas accréditer l’idée que ce procès d’un ex-président puisse en annoncer d’autres. La création des Chambres africaines extraordinaires (CAE) avait pourtant fait l’objet d’un large consensus, exprimé, le 2 juillet 2006, lors d’un sommet de l’Union africaine à Banjul, la capitale gambienne. « Au nom de l’Afrique », l’organisation continentale demandait alors au Sénégal de juger Hissène Habré, pays où il s’était immédiatement réfugié après avoir été chassé du pouvoir par les armes, en 1990. Ces CAE ont été taillées sur mesure pour juger un seul homme dont le bilan des exactions – répression aveugle contre des communautés accusées d’être liées à des rébellions, crimes politiques, etc. –, jamais établi avec précision, se chiffre en milliers de morts entre juin 1982 et décembre 1990.
Jusqu’alors, les auteurs de génocide et autres criminels contre l’humanité du continent n’avaient eu affaire qu’à des tribunaux ad hoc créés sous l’égide des Nations unies – Tribunal pénal international pour le Rwanda, Tribunal spécial pour la Sierra Leone – ou à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, créée en 2002. En 2006, la création des CAE est donc l’affirmation d’une souveraineté de l’Afrique sur ses propres dossiers judiciaires. Elle est également la revendication d’une forme de maturité démocratique, lentement acquise depuis la décolonisation des années 1960. A ce titre, la solidité des institutions sénégalaises, pays d’alternances démocratiques, apporte des garanties.

Source : Le Monde