Transports Transport collectif urbain

« Le client de la Sotral ne paie que 50% du prix normal »

Publié le mardi 14 octobre 2014, par Leader

La Société de Transport de Lomé (Sotral) est une structure qui fait des performances dans le domaine du transport. La qualité des services offerts, le confort des bus, le respect des heures de pointe, tout s’invite dans cette société afin de satisfaire une clientèle de plus en plus séduite. Au regard des fréquentations de la part des clients, fréquentations qui évoluent de façon exponentielle, la structure est en train d’asseoir progressivement son hégémonie. D’ailleurs, l’écho de ses services qui font école retentit au-delà des frontières. Notre projecteur sur cette structure a permis de découvrir le secret d’une société promise à un grand avenir.
Pour la circonstance, nous avons approché TINDANO Komlan Michel (photo), DG de la SOTRAL, qui nous a livré quelques pistes d’une réussite inégalée.

Emergence-togo.com :Vous êtes à la tête d’une société nouvellement réinstallée ; Dites-nous ce qui a motivé la mise en place de la SOTRAL et parlez-nous de son statut juridique.
TINDANO Komlan Michel :
La Sotral n’est pas la première entreprise de transport collectif urbain à voir le jour dans la capitale togolaise. Déjà en 1962, avait été créée la Régie Municipale des Transports Urbains (RMTU) qui a connu une cessation d’activités en 1982. Après cette première phase marquée par cette expérience non durable, les transports collectifs urbains motorisés ont été assurés en totalité par le secteur artisanal à travers les taxis-ville, les minibus et à partir de 1990, l’avènement des taxis motos. Cependant, il faut reconnaitre que cette forme de transport artisanal génère des externalités négatives au titre desquelles on peut citer : l’insécurité routière avec ses corolaires de blessés et de morts, les nuisances sonores, les occupations d’espaces, la pollution atmosphérique...
Ce sont toutes ces externalités négatives liées au transport artisanal qui ont conduit les autorités politiques à la mise en place d’une nouvelle société de transport collectif urbain par bus, laquelle société est dénommée la Sotral qui verra juridiquement le jour en 2006 sous forme de société anonyme mais avec des capitaux majoritairement publics pour assurer un service public. Dans les faits, c’est une société d’économie mixte, articulation du privé et du public et qui a pour objet de produire un service de qualité à l’endroit des Togolais.
Trois autorités de tutelle composent le cadre institutionnel de la Sotral : la Municipalité de Lomé, le Ministère des Travaux Publics et des Transports et le Ministère de l’Economie et des Finances.
Ces trois structures ont défini les règles de fonctionnement des activités de la Sotral à travers un cadre règlementaire.
Le document de base de ce cadre règlementaire est la convention de concession signée entre les autorités de tutelle et la Sotral.
La convention a défini les règles de principes publics que doit assurer la Société. Au titre de ces règles, on peut citer : la continuité du service, la régularité du service, l’adaptation de l’offre par rapport aux demandes de déplacements, la pratique d’une tarification sociale.

Vos services sont particulièrement à un tarif social. Arrivez-vous à subvenir aux besoins de l’entreprise ?
La politique tarifaire de la Sotral est basée sur la pratique d’une tarification sociale. Cette pratique tarifaire est voulue par l’Etat et en contrepartie de sa mise en œuvre, la Sotral bénéficie d’une subvention annuelle de 50 millions Fcfa. En ajout à cette subvention, l’Etat supporte l’investissement important qui a permis d’assurer l’acquisition des 45 autobus composant actuellement la flotte de la Société.
Pour répondre au second volet de votre question, je dirai que sur le plan financier, la Sotral, pour le moment, est en équilibre d’exploitation hors amortissement, c’est à dire qu’elle ne réalise pas de bénéfices ni d’excédents importants d’exploitation. Rappelons que le client de la Sotral ne paie que 50% du prix dont il devrait réellement s’acquitter. C’est un service de transports urbains réguliers par autobus à prix social.

Comme la SOTRAL est une structure d’avenir, parlez-nous davantage de vos activités, des chiffres que vous réalisez et de ce qui se fait pour assurer la survie et le développement de la société.
Bien entendu que la Sotral est une structure d’avenir. Nous avons commencé timidement. Je rappelle qu’en janvier 2013, la Sotral transportait 5300 passagers par jour ; à partir de fin décembre 2013, elle transporte 10 000 passagers par jour. Nous avons doublé sur une année nos fréquentations et courant premier semestre 2014, nous atteignons les lundis plus de 12.000 passagers par jour. C’est dire que la Sotral offre un service de transport qui rencontre son aimable clientèle puisque la fréquentation ne fait que croître de semestre en semestre. De ce fait, nous pouvons affirmer sans trop nous tromper que tant qu’il y aura des besoins de déplacements à satisfaire, la Sotral est amenée à produire une offre de transport pour satisfaire ses demandes.
Aujourd’hui les éléments clés de l’offre de la Sotral sont les suivants :
• 10 lignes exploitées reliant le cœur de la ville aux quartiers périphériques comme Zanguéra, Adétikopé, Kpogan, Ségbé, Adidoadin, Agoè Assiyéyé, Bè Kpota, Attiégou, Kégué, Togo 2000 ;
• 45 autobus de trois types (50 places, 60 places et 70 places) ;
• 144 quartiers desservis ;
• une couverture de 38% de l’espace communal ;
• 266 courses produites par jour ;
• une fréquence de 20 mn aux heures de pointe du matin et du soir ;
• le premier départ du bus est à 5h-30 mn et le dernier départ est à 19h ;
• La vitesse commerciale est de 15 km/h ;
• Une tarification à la section : 150 Fcfa, 200 Fcfa, 250 Fcfa et 350 Fcfa.

La SOTRAL, depuis un certain temps, fait face à certaines critiques notamment la surcharge, l’excès de vitesse... Que répondez-vous à ces inquiétudes ?
La surcharge est avérée sur 10% de toutes nos courses. Nous la mesurons à travers le taux d’inconfort qui est déterminé en rapportant le nombre de passagers transportés à la surface en m² de l’autobus sur les sections de voiries les plus chargées. Le seuil maximum tolérable est de 4 passagers/m². Malheureusement, ce seuil est dépassé sur 10% des courses et nous avons pu enregistrer 6 à 7 passagers/m² sur certaines sections.
La première solution que nous avons mise en œuvre pour corriger ce dysfonctionnement a été d’améliorer les fréquences que nous avons ramenées de 30 mn à 20 mn et par conséquent offrir plus de passages de bus. Mais cela demeure insuffisant. Alors, la solution technique de rechange consiste au renforcement du parc de la Sotral afin qu’elle puisse doubler les missions (faire suivre 2 bus pour la même course) à défaut de ne pouvoir exploiter par contrainte de dimensionnement de la voirie des autobus articulés de grande capacités (120 places et de 18 m de long).
Un diagnostic détaillé sur la situation a été présenté au Chef de l’Etat qui a donné des instructions afin que l’effectif du parc de la Sotral puisse être renforcé par 20 autobus supplémentaires. La commande a été lancée et 20 autobus ont déjà été fabriqués et seront livrés à Lomé en Novembre 2014.
La vitesse que pratiquent parfois certains conducteurs de la Sotral retient une attention particulière de la direction de la Sotral. Et la formation de nos conducteurs a nettement été améliorée et occupe une place privilégiée dans le programme de formation et d’évaluation périodique de cette corporation à la Sotral. Parfois et quand cela l’exige, nous recourons à des sanctions disciplinaires à l’endroit des fautifs.

Quelles sont les relations que vous entretenez avec le public, spécifiquement les passagers ?
Nos passagers sont nos clients. Ils ont besoin d’être bien servis et sont séduits par la qualité de nos services. Ils ont besoin d’être écoutés. C’est pourquoi, à l’intervalle de temps réguliers, des enquêtes sont menées. Dénommée Connaissance Clients Quotidiens (COCLIQUOT), cette enquête est menée auprès de 1200 passagers de la Sotral en un seul jour, sur toutes les lignes du réseau pour recueillir leurs ressentiments par rapport aux services produits.
La dernière enquête a révélé que 80% des clients de la Sotral sont satisfaits de l’offre de la Sotral, 20% ne sont pas satisfaits. Les motifs d’insatisfaction évoqués sont relatifs aux surcharges, au retard et à l’accueil du personnel.
Sur ces points d’insatisfaction, des efforts notables sont en train d’être menés pour corriger ces dysfonctionnements.

Quelles sont d’autres difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de vos activités ?
D’abord, les difficultés se résument aux conflits d’usage d’aires de stationnement sur les divers points d’arrêts. Malgré les poteaux implantés pour signaler les arrêts de bus, certains taxis ville, taxis motos et autres effectuent des stationnements illicites sur ces arrêts, contraignant ainsi les bus à pratiquer du stationnement sur voirie pour faire descendre et faire monter les passagers.
Ensuite, la société est confrontée au problème d’absence de dépôt. Un site a été mis à la disposition de la société par la Municipalité de Lomé sur le boulevard de la Kara. Ce dernier sera bientôt aménagé et doté d’atelier mécanique, de station de lavage, de cuves de carburant, d’aire de stationnement, bref de toutes les commodités pour sous tendre la production d’un service efficace de transport par autobus.
Pour finir, il faut souligner que le réseau de la Sotral est composé uniquement de lignes radiales. Ces lignes relient les quartiers périphériques au principal bassin d’emplois situé à l’extrême Sud de la ville. On manque de lignes transversales qui doivent relier les lignes radiales afin de permettre aux clients d’effectuer aisément des correspondances.

Les services de la SOTRAL étant le transport de masse, y a-t-il des dispositions pour la riposte face à la fièvre à virus Ebola ?
Nous sommes sur une activité qui massifie les flux de personnes donc susceptible de favoriser la transmission de ce virus dont aucun cas de personne contaminée n’a encore été signalé dans notre pays. Cependant, à titre préventif, nous avons pris attache avec le service de la médecine du travail pour solliciter une réunion de sensibilisation de tout le personnel de la Sotral sur la fièvre à virus Ebola.
C’est dans ce cadre que la Sotral a acquis des pairs de gants et des solutions de désinfection des mains qui ont été distribués au personnel. La direction s’est rapprochée aussi du comité national de gestion de la maladie pour disposer des prospectus qui ont été affichés dans tous les bus de la Sotral afin de sensibiliser notre aimable clientèle sur les mesures de précaution face à ce virus.
Au delà de ces dispositions, chaque bus de la Sotral est doté de trousse médicale pour administrer les premiers soins. L’équipage est formé pour détecter des cas suspects parmi les passagers. Un accent particulier est mis sur l’hygiène avec le lavage régulier des mains, le port du gant et des polos en coton manche longue sous la tenue Sotral par tout le personnel roulant. Voilà modestement les quelques dispositions prises à la sotral pour prévenir cette maladie.

Dans vos perspectives d’avenir, y a-t-il des projets pour les villes de l’intérieur ?
Nous avons plusieurs projets dont les plus importants sont la mise en place d’un système d’abonnement pour les clients qui désirent disposer d’un titre mensuel, la création de réseaux Sotral annexes dans les principales villes de l’intérieur du pays comme Kara, Sokodé, Atakpamé, Kpalimé, Tsévié, Aného, et Dapaong. Je rappelle que c’est sur instruction du Chef de l’Etat et dans un souci de réduction des inégalités d’accès des Togolais aux services de transport que les études de ce projet sont en cours de réalisation.

Votre mot de fin
D’abord, j’aimerais adresser nos remerciements et notre profonde gratitude au Chef de l’Etat qui a accepté de porter ce projet de bout en bout sur les fonts baptismaux. Ensuite un grand merci à toutes les autorités de tutelle de la Sotral pour leur accompagnement. Nos remerciements vont également à tous nos clients pour la confiance sans cesse renouvelée quotidiennement. Enfin nos vifs remerciements vont à tout le personnel de la Sotral, « les lève tôt », les travailleurs de l’aurore, déjà présents au dépôt pour la prise de service à 4h30.
Je suis très serein quant à l’avenir de notre société qui a été construite dans la progressivité sur des bases institutionnelles, réglementaires et de gestion de l’exploitation, de la maintenance et financière solides. Modestement, c’est un honneur d’observer que des pays voisins viennent à notre école pour comprendre et apprendre du modèle togolais.