Droits de l’homme Deuxième édition de la caravane ouest africaine

Le CRAPH participe activement aux manifestations

Publié le vendredi 7 décembre 2018, par Yiago Nazzarrio

Après celle de mars 2016, la Convergence Globale des luttes pour la Terre et l’Eau - Ouest africaine a organisé la deuxième édition de la caravane ouest africaine (du 10 au 30 novembre 2018) avec pour thème : « Droit à la terre, à l’eau et à l’Agroécologie Paysanne : une lutte commune ! »

Des 15 pays ouest africains participants, la Guinée, la Côte d’ivoire, le Ghana, le Togo et le Benin sont des territoires choisis comme itinéraire de la caravane. Le passage prévu du 10 au 30 novembre 2018, est marqué par plusieurs activités. Au programme, des conférences populaires, des marches, des projections de film et des rencontres avec les populations, communautés, parlementaires, élus communaux et autorités administratives et coutumières. Tout au long du trajet, un Livret vert contenant les revendications et préoccupations des communautés paysannes est remis aux autorités des villes et points d’escale.
Afin de réserver un accueil chaleureux aux caravaniers qui sont arrivés au Togo par Kpalimé le 23 novembre, et passant par Atakpamé le jour suivant avant d’arriver à Lomé, la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau a convié toute la population togolaise, particulièrement les communautés, Organisations et Mouvements Paysans, Eleveurs, Pêcheurs, ONG, Défenseurs des droits humains, Femmes, Jeunes qui se sont mobilisés aux côtés des 350 participant-e-s de cet évènement qui a touché au moins 15 000 personnes.
Le Comité de Réflexion et d’Action pour la Promotion des Droits de l’Homme (CRAPH) a mené, au cours de cette caravane, des consultations visant à renforcer ses liens avec d’autres organisations participantes sur des thématiques liées à la problématique du foncier ainsi que d’autres sujets relatifs au bien-être du monde rural.
Après l’étape du Togo (du 23 au 26 novembre), la délégation du CRAPH a également participé aux activités du Bénin (du 26 au 30 novembre), point d’orgue de la caravane.

Voici la teneur de la déclaration de Lomé :

DECLARATION DES ORGANISATIONS PAYSANNES ET ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE DU TOGO, MEMBRES DE LA CGLTE AO
L’agriculture ouest africaine repose sur l’exploitation familiale qui assure 90% de la production, à en croire le FIDA et le ROPPA. Elle contribue pour plus de 35% à la formation du Produit Intérieur Brut des Etats et procure 15,3% des recettes d’exportation. Elle emploie près de 70% de la population active de la sous-région ouest africaine, selon les études menées en 2015 par la FAO, la BAD et la CEDEAO.

Pour prospérer, cette agriculture a besoin de facteurs vitaux dont l’accès à la terre, à l’eau, aux semences paysannes ainsi que leur sécurisation, gestion et contrôle par les communautés.

Malheureusement, l’exploitation des ressources naturelles se traduit de plus en plus par l’accaparement des terres aussi bien par l’Etat que par des firmes multinationales et privées au détriment des plus vulnérables surtout les jeunes et les femmes.

Les concessions de grandes surfaces de terres agricoles, sur de longues périodes, à des investisseurs nationaux et étrangers à des fins spéculatives ou pour produire des biens alimentaires, miniers, ou des biocarburants exportables, est un phénomène qui prend une proportion inquiétante. Les investissements étrangers dans les terres agricoles à grandes échelles ont pris une ampleur à partir de 2008 avec la crise alimentaire mondiale.
Selon les données de la FAO, au cours des cinq dernières années, 50 à 80 millions d’hectares de terres agricoles dans les pays en développement ont fait l’objet de négociations avec les investisseurs internationaux cherchant à les acquérir ou à les louer. Ces données révèlent également que les populations concernées manquent de nourritures et souffrent de formes diverses de malnutrition, et ce malgré une production alimentaire mondiale suffisante. Le phénomène est devenu une menace non seulement pour l’autosuffisance et la souveraineté alimentaire, mais également pour l’économie des pays.

Il est temps de mettre un frein aux accaparements et la cession massive de terres et par ricochet garantir les droits d’accès des communautés locales à la terre. Pour y parvenir, il urge d’appliquer les principes législatifs et réglementaires liés à la gouvernance foncière et faire respecter les droits des populations affectées ou menacées par ces expropriations. En outre, il faut la reconnaissance et la protection des systèmes fonciers coutumiers, la protection des défenseurs des droits des paysans, des pêcheurs, des peuples autochtones et des éleveurs transhumants.

Assurer la bonne gouvernance foncière responsable devient un impératif. Il faut protéger les droits des communautés rurales, en particulier les populations vulnérables, contre toutes les formes de spoliation de terres. Aussi vaudrait-il mieux promouvoir la transparence, la responsabilité, l’accessibilité financière et s’attaquer aux problèmes de corruption.

Au Togo, à l’instar des autres pays de la sous-région à la quête de l’autosuffisance alimentaire, la volonté d’un développement durable du secteur agricole dans une perspective de sécurité alimentaire et de lutte contre la pauvreté a conduit à la mise en place des politiques et programmes de développement agricoles majeurs dont les derniers en date sont la nouvelle politique agricole 2016 – 2030 et le programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN) allant de 2017 à 2026.

Nonobstant tous ces efforts du gouvernement togolais, le développement du secteur agricole reste fragile. De nombreux défis dont la perte de la fertilité des sols, la désertification, l’érosion des ressources génétiques, les effets
des changements climatiques, les accaparements de terres au profit de l’exploitation de ressources naturelles et la faible productivité des systèmes agricoles, demeurent encore d’actualité.
Ce sont autant de facteurs qui limitent la capacité des populations à accéder à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Toutefois, de nombreuses alternatives dont le modèle agricole et alimentaire alternatif qu’est l’agroécologie paysanne permettent de relever ces défis et de surmonter ces contraintes.
L’agroécologie, il faut le souligner, a une multifonctionnalité permettant de
relever plusieurs défis à la fois d’ordre agricole, alimentaire, écologique, pédologique,
climatique, sanitaire, culturel… A travers ses diverses formes de production d’aliments,
l’agroécologie stimule l’ingénierie paysanne et les savoirs locaux, promeut la justice
sociale, garantit l’épanouissement de la culture et de l’identité, et renforce la viabilité
économique et écologique des systèmes d’exploitation familiale.
C’est pourquoi, dans le cadre de la deuxième édition de la caravane ouest africaine qui a démarré le 10 novembre 2018, qui a traversé déjà la Guinée, la Côte d’ivoire, le Ghana et en fin de séjour dans notre pays le Togo, les organisations de la société civile (OSC), les organisations paysannes (OP) et de défense des droits humains membres ou partenaires de la Convergence Globale de Lutte pour la Terre et l’Eau de l’Afrique de l’Ouest (CGLTE AO), recommandent aux autorités togolaises :
- la promotion dans les programmes et projets de développement agricole en cours, des pratiques agroécologiques et biologiques ;
- la poursuite de la promotion de l’utilisation des semences améliorées paysannes ;
- la Continuité de la politique d’interdiction de l’utilisation des OGM et du glyphosate sur le territoire national ;
- le soutien et la promotion de la consommation des produits locaux, à travers, entre autres, des campagnes de sensibilisation ;
S’agissant du foncier, il faut :
- poursuivre l’implication des acteurs non étatiques, notamment les organisations paysannes et celles de la société civile, dans le processus d’élaboration des décrets d’application et à prendre en compte leurs préoccupations ;
- mettre en place, un cadastre rural électronique ;
- accélérer la mise en place des comités fonciers villageois et décentraliser les services compétents de délivrance d’attestation ou titre de propriété ;
- soutenir les exploitations agricoles familiales et leurs organisations pour la mise en œuvre des pratiques visant la restauration de la fertilité des sols.

Pour combattre le Changement Climatique, les caravaniers demandent au gouvernement togolais de :
- poursuivre les initiatives de maîtrise de l’eau ;
- poursuivre et accélérer la mise en place des instruments de protection contre les risques et aléas climatiques ;
- élargir la couverture sociale au profit des populations paysannes et rurales vulnérables.

Pour ce qui est de la Politique agricole, la caravane attire l’attention du gouvernement togolais, à veiller à :
- la préservation des droits des paysans et des communautés dans la mise en place des agropoles, comme recommandée par la déclaration des nations unies sur les droits des paysans ;
- l’implication des organisations paysannes, des OSC, des autorités locales dans l’élaboration et la validation des instruments de mise en œuvre de la politique agricole, dont la Loi d’orientation agricole (LOA), afin de garantir sa légitimité et créer ainsi, les conditions de sa mise en œuvre ;
- prendre des mesures en faveur de la promotion de l’agroécologie paysanne.
- favoriser la mise en application du droit des paysans voté par l’assemblée générale des Nations Unies.

Fait à Lomé, le 26 novembre 2018

La CGLTE AO