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Le CRAPH pour une nouvelle orientation de la société civile au Togo

Publié le lundi 19 septembre 2016, par Leader

Toujours en marge des instances décisionnelles, la société civile intervient pour la plupart du temps comme un sapeur pompier ou une sentinelle. Elle agit souvent lorsqu’une situation tourne au désavantage du peuple. Elle joue le rôle d’avant-gardiste comme le fait l’Etat dans son rôle gendarme lorsqu’il s’agit du marché de libre échange.
Mais cette approche a tendance à évoluer du côté du Comité de Réflexion et d’Action pour la Promotion des Droits de l’Homme (CRAPH) qui pense imprimer une nouvelle orientation à la société civile. Car, selon le CRAPH, les acteurs sociaux, tout comme les autres, doivent être au cœur de l’appareil qui oriente la vie de la nation.
A titre illustratif, presque tous les faits sociaux à l’instar du mouvement des employés de Wacem désigné sous le vocable de Wacemgate, de l’événement de Mango, pour ne citer que ceux-là, devraient avoir normalement comme interlocuteurs privilégiés, des députés représentant la société civile à l’Assemblée nationale et non ceux émanant des partis politiques. Cette étape franchie, il revient aux députés de la société civile de faire le couloir ou la diplomatie discrète auprès des autres collègues au parlement pour prendre en compte le dossier et y plancher. Mais lorsque le parlement n’est formé rien que des représentants des partis politiques, il va de soi que l’affaire, sociale au départ, soit politisée par la suite puisqu’elle est atterrie sur la table du politique à défaut du représentant de la société civile. Du coup, le politique qui s’en approprie en fait son chou gras pour se faire une santé populiste.
L’autre aspect consiste à former de grands ensembles socioprofessionnels parmi lesquels émergeront des candidats qui doivent défendre la cause des travailleurs au parlement. A titre d’exemple, les paysans qui, selon les statistiques, occupent une grande partie de la population et une part non négligeable du PIB, ne sont ni représentatifs au gouvernement ni à l’Assemblée nationale. Or, pour parler de l’agriculture et les problèmes qui s’y rapportent, il est décent et évident que ce soient les acteurs eux-mêmes qui donnent des pistes à explorer car, personne ne peut aller au fond du sujet si ce ne sont les paysans.
Donc pour nous au CRAPH, le fait de pratiquer cette politique qui consiste à faire croire que c’est toujours la minorité politique qui est habilitée à parler au nom des autres couches est une atteinte grave à la dignité humaine, donc aux droits de l’Homme.
D’après le concept du CRAPH, un grand ensemble socioprofessionnel est défini comme étant l’ensemble des activités similaires ou connexes. C’est le cas par exemple des corps de métiers qui peuvent être mis dans un grand ensemble avec des artistes. Nul n’ignore le poids en termes de nombre des artisans et artistes sur toute l’étendue du territoire. Et pourtant, ils n’ont aucun interlocuteur crédible au parlement qui maîtrise leurs réalités si ce ne sont les politiques. Lorsqu’on prend également les opérateurs économiques du secteur formel comme informel, il s’avère indispensable qu’ils aient des gens plus avisés dans les sphères décisionnelles en qui ils peuvent se confier. Cela vise essentiellement les femmes qui abondent le monde du commerce.
Au regard de tout cela, il est évident que la vie soit fortement politisée puisque toutes les instances sont bondées rien que de politiques. Pour y remédier, on doit parvenir à un électorat sectoriel afin de permettre aux couches socioprofessionnelles de se constituer en de grands ensembles pour élire leurs représentants qui sont appelés à prendre véritablement leurs doléances à bras le corps et les défendre dans les instances décisionnelles du pays. Et les Pères du Concile Vatican II dans Gaudium et Spes (75,2) de rappeler : « Quant aux citoyens, individuellement ou en groupe, qu’ils évitent de conférer aux pouvoirs publics une trop grande puissance ; qu’ils ne s’adressent pas à eux d’une manière intempestive pour réclamer des secours et des avantages excessifs, au risque d’amoindrir la responsabilité des personnes, des familles et des groupes sociaux. »
C’est pour cette raison que le CRAPH multiplie depuis quelques temps des contacts et des séances d’explication auprès des ONG, associations et autres couches sociales pour qu’elles s’approprient l’initiative et en faire un creuset national au bénéfice du peuple. La démocratie suppose le peuple au cœur des préoccupations. Il ne peut en être autrement quand on sait que toute cette classe politique se réclamant du peuple est supportée par celui-ci.
Plus spécifiquement, les élections locales en perspective ne serviraient à grand-chose si les acteurs de développement (groupements, coopératives agricoles, etc.) qui sont déjà pour quelque chose dans le développement de leurs communautés, qui maîtrisent les réalités de leurs milieux, seront appelés gentiment à céder la place à d’autres parachutés qui n’en ont pas la connaissance profonde. Pour appuyer cet argumentaire, l’on évoque le fait que d’ailleurs les acteurs politiques manquent d’expérience en ce qui concerne l’exercice du pouvoir à la base parce que n’en ayant pas fait l’apprentissage depuis une trentaine d’années. A contrario, ces groupements, coopératives agricoles et autres installés au sein des communautés continuent toujours de jouer leur rôle traditionnel à savoir : créer la richesse et faire reculer la pauvreté en mettant en œuvre des programmes et projets de développement répondant aux besoins directs des bénéficiaires.
Pour corroborer tout, la Lettre pastorale de la Conférence des Evêques du Togo adressée au peuple togolais à la veille du 56e anniversaire de l’indépendance du pays est révélatrice : « (…) Il n’y a pas de politique possible s’il n’y a pas un sens aigu de la responsabilité. En effet, il n’y a pas de politique si chaque Togolais à la place où il se trouve et dans le service qu’il occupe ne se sent pas responsable. Et il n’y a pas de politique si ceux que nous appelons, à juste titre, les « responsables politiques » se montrent dépourvus de cette vertu fondamentale. »
Et les Evêques de poursuivre dans leur réflexion : « (…) Disons d’emblée que définir la politique comme l’action des gouvernants est une vision très réductrice ; car si la politique n’est que l’action des gouvernants, si elle n’est que l’affaire de l’Etat, alors seuls les « politiciens » auraient une responsabilité et tous les autres pourraient se satisfaire d’une forme d’irresponsabilité tranquille qui les exonérerait de leur participation concrète à la tâche commune. Définir la politique comme l’art de gouverner les peuples, c’est oublier qu’avant qu’un peuple soit gouverné, il faut bien qu’il existe… »
Les élections locales en elles-mêmes ne sont pas une panacée. Il faut promouvoir la candidature des gens qu’il faut pour espérer des résultats escomptés. Nous ne parlons pas de l’inadéquation des politiques dans la cité, nous voulons tout simplement rappeler qu’il faut mettre chacun à la place qu’il faut pour permettre l’implication et le contrôle effectif de l’action publique.
En outre, la jeunesse laissée pour compte doit être rétablie dans ses droits en lui permettant de disposer de beaucoup plus d’espace d’engagement en tant que détentrice de la souveraineté démocratique. Elle doit donc se référer aux structures qui remplissent la noble mission, celle du renforcement du pouvoir social et de la participation à la vie publique des populations pauvres vulnérables, marginalisées (cas de cette jeunesse qui n’a d’intérêt que pour les campagnes électorales) à qui l’on ne reconnait souvent que des droits embryonnaires, lesquels droits de surcroît peinent à se traduire dans les faits.
Il en est de même pour la diaspora, dont la contribution au PIB est de loin plus importante que l’aide publique au développement, mais qui n’a aucune importance en termes de participation aux orientations de la vie publique. Bref, elle assiste aux décisions, plus subies que choisies pour la plupart des cas. Elle n’a même pas droit au vote. Elle est de ce fait réduite à l’assistanat ou au mécénat au bénéfice des citoyens restés au pays. Plus d’un soutiennent plutôt que c’est uniquement par rapport à sa contribution au PIB que l’Etat a mis en place une unité chargée de coordonner ses actions en direction du pays. Des témoignages font état de ce que même les articles que la diaspora ramène au pays à titre de don au bénéfice des couches défavorisées sont systématiquement frappés sans ménagement de droits de douanes et autres taxes. Il y en a qui soutiennent également que la création d’entreprise dans leur pays le Togo est un parcours de combattant. Quel paradoxe !
Pour le moment, l’heure est aux contacts et aux explications et les adhésions en faveur du concept foisonnent déjà, au point où il urge d’organiser dans les prochains mois un forum national de concertation de la société civile, y compris les syndicats et les acteurs de développement, pour plancher sur la question.
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L’Association enregistrée sous le récépissé No 0082/MATDCL-SG-DLPAP-DOCA du 11-01-2013 est publiée dans le Journal Officiel No 5 bis du 1er février 2013. Siège : 123, Rue du Phénix, Quartier Tokoin Solidarité
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