Littérature Roman

Le second bébé d’Alexandre GOLI

Publié le mardi 21 juillet 2015, par Yiago Nazzarrio

Petit à petit, le journaliste Alexandre Goli s’intègre dans le monde des écrivains. Après son premier roman « Baiser de judas », bien accueilli dans les milieux littéraires pour sa démarche scripturaire, le voilà avec une autre œuvre, « Victime de mon nom », un roman qui confirme tout son talent.

L’histoire dans ce deuxième roman du journaliste et écrivain togolais est celle de deux personnages, le héros (Nassem) et l’héroïne (Nyémata) confrontés à des situations quasi-similaires. Le premier a été remplacé manu militari lors d’une mission qu’il effectuait pour le compte de la SIO (Optimum International Society) par Hamel, le frère cadet du directeur de la société unique d’investissement au sein de laquelle il travaillait. C’est une décision du DG Gbléaménou qui a voulu faire profiter indûment à son jeune frère les bénéfices d’une mission soupçonnée d’être juteuse.
Pour sa part, l’héroïne, une adolescente peule, a été recalée à un concours d’entrée à l’Ecole Internationale d’Alphabétisation alors que des indices laissaient deviner qu’elle avait été présélectionnée au départ. Elle voit sa place chipée par une autre qui a bénéficié des combines des responsables de cette école. Ces deux situations d’injustice connaîtront des suites rocambolesques. Solidaires dans leur malheur, les deux personnages spoliés décident de constituer une rébellion pour non seulement se venger contre leurs bourreaux, mais encore et surtout rétablir la justice dans leur société à Douamama, territoire fictif golien. Auraient-ils la chance d’y parvenir dans une société écrasée par une injustice indescriptible et surprenante ? Leur révolution connaîtra des péripéties insoupçonnées que d’autres lecteurs découvriront à coup sûr.
L’auteur part ainsi de situations banales pour s’attaquer à un problème réel auquel sont confrontées les sociétés modernes africaines : la difficile application de la notion de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Ou comme le disent les anglophones, « the right man at the right place ». Avec 158 pages éclatés en 8 chapitres, le roman « Victime de mon nom » fait traverser le lecteur de situations banales, lui permet de découvrir des intrigues dans un univers romanesque tirant sur la réalité mais qui comporte à la fois des dimensions mystiques et mystérieuses renforçant ipso facto son caractère fictionnel. Bref l’œuvre interpelle notre région de conscience en dressant un tableau de lecture qui laisse filtrer l’attitude manichéiste de son auteur. Le récit de rencontre du héros et de l’héroïne riche en péripéties devient, dans une certaine mesure, un prétexte à l’élaboration du texte romanesque où la problématique de l’écriture se pose.
Ayant mis du bémol à l’élan érotique qui transparaît dans son premier roman, « Baiser de Judas », l’auteur garde toutefois s’il ne l’a pas amplifié dans ce deuxième, les traits caractéristiques de son style, à savoir l’ironie et l’humour. La technique narrative ne se résume pas à raconter des histoires individuelles des personnages, mais à raconter des masses d’aventures, des organisations d’aventures à l’intérieur desquelles chacune est considérée comme un détail. Une chose est certaine, la lecture de ce texte ne laissera pas insensible le lecteur devant une vision du monde critique, discrètement subversive, devenue une constante immuable chez Goli et qu’un critique de la place a pu prénommer « l’esthétique de la dissimulation ».
Pour la publication de cette œuvre dense du point de vue thématique, saisissante et plaisante grâce au style, l’auteur fait confiance à la même maison qui a édité son premier roman, « Baiser de Judas », à savoir Les Editions les Beaux Ecrits. Les lecteurs apprécieront eux-mêmes ce roman qui sera disponible dans les librairies à partir du mois prochain après sa dédicace.
Journaliste de presse écrite, Alexandre Goli a fait son entrée dans la famille des écrivains en septembre 2013. Il est actuellement chef section Etranger au quotidien national Togo-Presse. Chercheur en Lettres Modernes à l’Université de Lomé où il a bouclé cette année une thèse de doctorat unique en littérature africaine francophone, M. Goli collabore avec des revues littéraires dont « Togo Littéraire et Artistique » et « Agora Critique » à paraître.
Christophe SOWOU (Doctorant en Lettres Modernes, Université de Lomé)