Droits de l’homme Togo/Les délogés de Nangbéto dans la tourmente

Les préjudices des années 80 restent non réparés à ce jour

Publié le jeudi 30 mars 2017, par Yiago Nazzarrio

Le projet de construction du barrage électrique de Nangbéto, réalisé et exploité de nos jours, fait toujours parler de lui tant les préjudices causés sont encore vivaces dans les cœurs. Alors que le site est complètement vidé de ses habitants au profit du barrage, ceux-ci souffrent dans leur âme de ce déguerpissement du fait des atrocités qui l’entourent.

Actuellement, les nouvelles demeures faites en argile abritant les délogés s’écroulent impitoyablement sous la menace de la pluie. Ces nouveaux sans-abris sont contraints de se tailler une place auprès de leurs voisins en attendant un dénouement hypothétique. Même la Compagnie Electrique du Bénin (CEB) qui se trouve être le maître des lieux occupés n’entend point jeter un regard réparateur vers les victimes. Au point où si l’on ne réagit pas dans les plus brefs délais, les nouvelles habitations pour les déplacés seront complètement démolies sous l’action de l’érosion avancée.

Rétrospective

En effet, en 1986, les habitants de Nangbéto ont reçu la confirmation de leur déguerpissement au profit de la construction d’un barrage sur cette partie du fleuve Momo. Tout se précise en 1987 quand la Banque mondiale a débloqué les fonds pour assurer cette délocalisation. Le déménagement des riverains ayant commencé, inutile de chercher des moyens de transport appropriés pour les aider du moment où les constructeurs du barrage disposent déjà des tracteurs.

Bon gré mal gré, le déménagement a débuté. A défaut de traiter tous sur le même pied d’égalité, ceux qui ont la chance se voient attribuer un lot de terrain. La construction des locaux (deux pièces) sont à la charge des délogés, sauf la toiture prise en compte par les constructeurs du barrage. Quelle que soit l’importance de la construction réalisée sur le site de départ, vous n’avez droit qu’à un lot de terrain, encore faudrait-il avoir de la chance. Après construction, la CEB pourrait fournir de quoi faire le toit. C’est ainsi que même des propriétaires de maisons à base de matériaux modernes (ciment) sur l’ancien site ont eu comme contrepartie au nouvel endroit, un lot de terrain chacun. Aujourd’hui, sous l’effet des caprices climatiques, certaines habitations sur le nouveau site érigées en argile ne laissent plus de trace pour les générations futures. Une à une, des maisons entières s’écroulent comme des châteaux de cartes.

Dans ces conditions, demander encore si la localité dispose de l’électricité relèverait d’une pure moquerie vis-à-vis des victimes, les besoins fondamentaux n’étant pas encore au rendez-vous. Les lampadaires solaires, une trentaine, sont implantés précipitamment à la veille de la présidentielle de 2015. Devenue victime depuis une trentaine d’années, la population crie à qui veut l’entendre.
Le Mouvement Martin Luther King (MMLK) est entré dans l’arène. Un sit-in était organisé au niveau de la présidence pour se faire entendre. Et les victimes, et les responsables du mouvement sont dispersés. En vain les auxiliaires de justice sont entrés en jeu. Des médis ont relayé l’information, mais le rapport de force est toujours à l’avantage des ‘’insurgés’’. La bataille s’annonce âpre. Il faut une autre tactique au regard des réalités sous les tropiques.

C’est ainsi que d’autres organisations de la société civile (OSC) sont priées de jouer leur partition. Ce mercredi 29 mars 2017, une forte délégation d’une quinzaine de personnes représentant différentes OSC s’est rendue à Atchinédji, localité de tous les maux à quelques encablures d’Anié, pour constater de visu les dégâts et voir les solutions à proposer.

En effet, Toussaint AZIAMANYO, coordonnateur de Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau Togo, également coordonnateur de No Vox-Togo, y a conduit la délégation composée des organisations comme Comité de Réflexion et d’Action pour la Promotion des Droits de l’Homme (CRAPH), Association togolaise pour le Bien-être de la Population (ATBEP), Association pour le développement de Yayra Comé (ADYC), Association paysanne pour le Développement (APADE) et quelques victimes résidant à Lomé.

« Nous sommes parmi vous aujourd’hui pour nous enquérir et constater de visu ce qui se passe dans cette localité d’Atchinédji. Nous avons eu écho de vos problèmes. Nous sommes là non pas pour vous donner ce dont vous avez besoin, mais pour nous concerter et chercher ensemble des solutions », a déclaré Toussaint AZIAMANYO lors de la rencontre avec la population.

Les témoignages sont révélateurs de nombreux défis à relever

A la rencontre de Daa Adifon Kpovihoé Akpovi-Tchedji IV, chef canton d’Atchinédji, le désarroi à son visage a contaminé toute la délégation. Il n’a pas pu contenir sa déception : « je suis fatigué de cette démarche interminable. Personne ne prend en compte notre doléance. »

Tout le monde a la même doléance : « ce nouvel emplacement ne dispose pas d’aire pour le champ alors que nous sommes une population essentiellement agricole. » D’autres regrettent leurs teckeraie, palmeraies et autres cultures détruites au profit du projet et ce sans dédommagement « alors qu’ils nous ont promis de l’argent. »
Au plan sanitaire, « nous n’avons pas de dispensaire. Nous nous déplaçons vers des milieux lointains pour nous faire soigner », rappelle un autre. Il dénonce également l’absence de lycée dans le canton, obligeant les élèves à faire de longs trajets.
A cela, s’ajoute le problème de transhumance. Finalement, les jeunes s’expatrient vers le Bénin et la Nigeria à la recherche du travail.

Tout compte fait, tous ceux qui ont l’occasion de s’exprimer devant la délégation confirment les mêmes allégations. Ce qui dénote que les problèmes dans cette localité sont bien réels et il faut une intervention pour décanter la situation. D’où l’interpellation des OSC à venir à la rescousse de ladite population.