Société

Revendications ouvrières/Une inventivité insolite et fertile pour se faire entendre

Publié le jeudi 9 novembre 2017, par Leader

Des ouvrières du textile, turques, qui travaillaient pour la marque Zara, géant espagnol du prêt à porter, ont l’imagination efficace : pour se faire entendre sur leurs conditions de travail, elles ont glissé un message dans les vêtements qu’elles fabriquaient. Dans ces vêtements, on retrouve la pétition :« J’ai fabriqué l’article que vous vous apprêtez à acheter mais je n’ai pas été payée pour ». Message devenu viral, en attendant qu’il soit suivi d’effet.

Depuis le drame du Rana Plaza au Bangladesh, le 24 avril 2013, au cours duquel près de 1200 ouvrièr.e.s du textile (à plus de 95% des femmes) avaient péri dans l’effondrement de l’immeuble siège de leurs ateliers, on pensait que les conditions des petites mains des grandes marques du prêt à porter s’étaient améliorées. Mais d’enquêtes en nouvelles tragédies, on s’aperçoit qu’il n’en est presque rien. En juin 2016, un rapport de l’ l’Asia Floor Wage Alliance, une union syndicale, dénonçait les licenciements abusifs et intempestifs d’employées enceintes.

Le dernier épisode, tout à la fois désespérant mais aussi presque réjouissant par l’inventivité déployée, de ce triste feuilleton s’est déroulé en Turquie, dans les usines d’un sous-traitant de la marque espagnole Zara, ce distributeur de vêtements que Wikipedia nous présente comme affichant la plus grande croissance de ce secteur, avec 2 000 magasins dans 88 pays et une nouvelle boutique ouvrant toutes les trois semaines... Une croissance qui ne bénéficie pas à toutes...

J’ai fabriqué l’article que vous vous apprêtez à acheter mais je n’ai pas été payée pour
C’est le correspondant de Libération, Quentin Raverdy qui, en France, a révélé ce douloureux dossier :
« J’ai fabriqué l’article que vous vous apprêtez à acheter mais je n’ai pas été payée pour », alerte une étiquette glissée dans plusieurs vêtements de la marque Zara, dans l’une de ses enseignes stambouliotes. Très vite, cette initiative insolite est partagée par les commerçants sur les réseaux sociaux turcs. Ce signal de détresse, déposé le 1er novembre, à l’attention des clients du géant du prêt-à-porter espagnol, est signé des « ouvriers de l’usine de textile Bravo » d’Istanbul. « Nous n’avons reçu ni nos trois derniers mois de salaires, ni nos primes d’ancienneté. L’usine, elle, a été fermée en l’espace d’une nuit », déplorent-ils. Et de lancer un appel : « S’il vous plaît, dites à Zara de nous payer. » (.../...)

Ce qui a été aussitôt traduit en images par le média en ligne Brut rendant ainsi viral sur les réseaux sociaux l’appel des ouvrières de l’établissement stambouliote de "Bravo Tekstil", une chaîne de sous traitance turque du textile mondial, comme il en existe tant en Turquie et dans les autres "pays ateliers" d’Asie (Bravo Tekstil produit également pour Mango et Next...).
C’est en juillet 2016 que le patron de Bravo Tekstil fermait l’usine d’Istanbul sans préavis ni indemnités, mettant ses 140 salarié.e.s sur le pavé. Avant de disparaître. Plus d’un an après, les ouvrières balayées qui réclamaient en vain leur dû, lançaient une pétition, avec cette impression tenace d’avoir été prises pour des moins que rien :
"Pendant 12 mois, nous avons attendu la conclusion de ces négociations avec patience et espoir. Pour éviter toute perturbation des négociations, nous les avons endurées en silence. Cependant, après une année entière, les Marques ont déclaré qu’elles ne paieraient que le quart de notre réclamation. En d’autres termes, les Marques semblaient accepter leurs responsabilités, mais, en réalité, elles pensaient que nous ne méritions pas plus que leurs déchets."
Pétition adressée à Inditex : "Tell Zara, Next, and Mango : Pay Your Workers the Wages They Earned !" (Dites à Zara, Next et Mando : payez à vos ouvrièr.e.s les salaires qu’elles ont gagné !), plus de 100 000 signatures recueillies.
Ce n’est pas la première fois que le consortium Zara est interpellé sur les conditions de travail des salariées de ses sous-traitants, qui s’apparentent à une forme d’esclavagisme moderne. Pourtant la multinationale du vêtement avait promis de s’amender.

Il est heureux de constater que parfois l’imagination permet de faire vaciller les puissances économiques...

Source : information.tv5monde.com