Culture

Vers l’égalités du genre/Les entrepreneures africaines reçoivent le financement du G7

Publié le vendredi 30 août 2019, par Leader

Pour réduire le déficit de financement perceptible en Afrique entre les femmes et les hommes entrepreneurs, les pays du G7, à l’unanimité, octroient un prêt de 251 millions de dollars US aux femmes qui sont aux commandes des PME sur le continent ; un prêt accordé dans le cadre du programme Action positive pour le financement en faveur des femmes en Afrique (AFAWA, en anglais) que pilote le Groupe de la Banque africaine de développement (Bad).
Plus de 30% des PME africaines présentes sur le continent sont détenues par les femmes, rappelle Adesina Akinwumi, président de la Bad, au cours de la conférence de presse consacrée au programme AFAWA à l’issue du sommet de G7 à Biarritz. Dans les faits, au moins une femme adulte sur quatre démarre ou gère une entreprise selon les données du Global Entrepreneurship Monitor (GEM 2016/17). Donc il existe un déficit de financement de 42 milliards de dollars US entre femmes et hommes entrepreneurs africains, déficit que l’AFAWA veut rapidement combler.
Au Kenya, 48% des PME sont dirigées par des femmes, mais seules 1,5% d’entre elles ont accès au financement des banques commerciales, selon un document de sensibilisation en faveur des femmes Kenyanes publié sur le site internet de la Bad.

Accès au crédit : un défi et un paradoxe rampant
L’accès au crédit ou au financement devient un réel défi pour les entrepreneures africaines victimes de discrimination du genre, une discrimination dont les banques africaines sont pointées du doigt pour en être les auteures. Ce que conteste l’Attijariwafa bank, une banque marocaine qui continue son expansion en Afrique sub-saharienne. Pour son président, Mohamed El Kettani, les pratiques sont différentes à l’Attijariwafa bank. Les femmes y disposent des meilleurs dossiers, cite le journal marocain « L’Economiste » sur son site d’information.
Ce déficit de financement constitue un réel paradoxe en Afrique d’autant qu’au niveau des Etats, tous s’accordent sur le fait que les PME dirigées par les femmes ont un rendement supérieur à la moyenne. Un paradoxe que dénonce la nigériane Hafsat Abiola -fille du politicien nigérian Moshood Abiola assassiné sous la dictature Sani Abacha. Présidente de l’initiative Women In Africa (WIA), Hafsat Abiola a dénoncé au sommet WIA de Marrakech des 27 et 28 juin, le fait que les femmes africaines produisent 62% des biens économiques mais seulement 8,5% d’entre elles constituent des salariées dans les secteurs public et privé.
Paradoxalement, les femmes produisent plus mais sont moins rémunérées, une réalité visible partout en Afrique, en milieu rural qu’en milieu urbain, chez les PME aussi bien que chez les grandes fortunes. Sur les 20 fortunes africaines, seules 2 sont des femmes selon le dernier classement Forbes, positionnées aux 9e et 19e places. La première fortune féminine estimée à 2,3 Milliards de dollars US est détenue par Isabel Dos Santos ; elle fait un peu plus le quart de la 1ere fortune africaine détenue par le nigérian Aliko Dangote (10,3 milliards de dollars US).
Au sommet WIA de Maroc, Afsat Abiola a plaidé pour une société de parité pour le bien de tous. Plus il y aura de femmes dans des postes à hautes responsabilités dans les entreprises, plus il y aura de femmes entrepreneures, mieux la société se portera a estimé le panel de femmes à Marrakech.

Tous, femmes et hommes prêts à changer la donne
Biarritz est vu comme le plus important effort financier de l’histoire du continent à l’endroit des femmes. Bien que des initiatives du genre se multiplient depuis deux décennies en Afrique, aucune n’a eu un soutien aussi fort que celui porté à l’AFAWA. Invitée à la conférence de presse de l’AFAWA à Biarritz comme ambassadeur du programme, la militante des causes féminines africaines Angélique Kidjo a affirmé que les femmes africaines sont la colonne vertébrale du continent.
Pour renverser la tendance, l’appel à l’éducation de la jeune fille surtout des milieux défavorisés est lancé. Elles sont encouragées jusqu’à 16 ans au moins à rester sur les bancs d’école. Les mieux nanties sont encouragées à faire des études dans les filières porteuses et innovantes.
Des initiatives se multiplient ces dernières années dans le secteur de l’agriculture et du climat dans des régions reculées africaines où vivent les femmes qui n’ont jamais eu accès à une éducation adaptée. Pour les soutenir, des programmes et des startups sont mis sur pieds pour les éduquer à l‘utilisation des smartphones. Elles sont également formées à la rentabilisation de leurs productions.
Ces programmes généralement sont adaptés pays par pays comme l’initiative Femmes Africaines Chefs d’Entreprises (FACE) implémentée en Tanzanie, en Ouganda, au Cameroun et en Ethiopie, ou comme GOWE au Kenya. Cela d’assurer l’accès à des produits financiers et des services de support pour permettre aux femmes entrepreneures de contribuer à un environnement d’affaires plus équitable et compétitive.

Perspectives 2022 et 2030
Au sommet de Marrakech cette année, les promoteurs du WIA affirment travailler sur l’initiation des femmes à la compréhension des outils économiques en matière de crédit d’une part, et juridiques en matière de litiges et ou de l’environnement des entreprises ainsi que la formation au numérique d’autre part. Le tout regroupé dans un même centre : un Hub Working Ladies & WIA. Le premier a vu le jour en avril en RDC. 53 autres sont annoncés sur le continent avant 2030. Ce que prévoit également le programme de l’AFAWA qui repose sur trois piliers : le premier est destiné à l’amélioration de l’accès des femmes au financement grâce à des instruments innovants. Le deuxième vise le renforcement de capacité des femmes y compris l’accès à des cours de mentorat entrepreneurial. Le troisième est porté sur l’amélioration de l’environnement juridique et règlementaire des entreprises avec l’appui des gouvernements.
40 000 PME détenues ou dirigées par des femmes dans 21 pays africains à faible revenu seront atteintes d’ici 2022 précise un communiqué publié sur le site d’information de l’AFAWA.
Investir dans l’entrepreneuriat féminin en Afrique est un investissement fort de sens car les femmes ne sont pas seulement l’avenir de l’Afrique, elles sont le présent de l’Afrique a conclu Adesina Akinwumi à la conférence de presse.
L’importance de l’accès au financement et de l’autonomisation économique de la femme africaine est portée par l’acte fondateur du programme AFAWA adopté par les chefs d’Etats de l’Union Africaine en janvier 2015 avant d’être traduit dans les faits par la Bad durant ses assemblées annuelles de Lusaka, Zambie, en mai 2016.

Florent Vioka Soncy